Quitter son département d’origine quand on est pêcheur conduit forcément à explorer de nouveaux horizons. Ce qui peut paraître fastidieux au premier abord (tant il est confortable de maîtriser un territoire pour coller à la logique du bon endroit au bon moment) permet avec le recul de ne pas sombrer dans la routine, surtout quand on a la chance (comme moi) de passer pas mal de temps au bord de l’eau. Ce début d’automne sera donc consacré à la recherche de nouveaux spots à grosses truites.

Si je consacre traditionnellement mes dernières sorties de l’année aux randos-pêche en lacs de montagne, l’arrivée dans les Alpes est une bonne occasion de changer mes habitudes pyrénéennes. De plus, cette année, la météo estivale particulièrement humide a gonflé les grandes rivières qui n’ont véritablement retrouvé un niveau correct qu’en fin de saison. C’est donc plein de motivation et de fraîcheur que j’aborde cette sortie « grosses truites aux leurres », avec en poche une poignée d’infos glanées sur le net et quelques captures d’écran Géoportail. Comme à mon habitude, j’ai pris le soin d’étudier la carte IGN au 1/25000 afin de repérer soigneusement les portions resserrées (paramètre d’autant plus important que la largeur du cours d’eau convoité avoisine les 100 m), les îles, chutes d’eau ou méandres éventuels ; bref tous les secteurs souvent chauds ou qui, du moins, ont le mérite de briser l’uniformité décourageante de ces portions avals.  Je pars donc sans présager de la tenue des truites, dans l’optique de tester un maximum de configurations différentes. A priori, la météo sèche de ces dernières semaines devrait conduire à des conditions optimales en termes de température et de débit (l’étiage est rarement pénalisant dans ces pêches d’automne).

Arrivé sur le premier secteur de la journée, les voyants sont bien au vert : le niveau me semble bon (c’est à dire assez bas) et l’eau relativement claire (par rapport à la turbidité importante qui semble être fréquente sur ce cours d’eau). Les 200 premiers mètres sont assez prometteurs puisqu’ils concentrent une grande variété de couple vitesse/profondeur : un grand pool se présente à moi avec une bonne rupture en tête débouchant sur un grand plat, et un seuil aménagé bordé de gros blocs se dessine en amont. Après avoir alterné poissons nageurs, leurres souples et même lames vibrantes (seulement dans mes micro coups de mou psychologique) pendant 2h, aucun signe de vie. Les (nombreux) pêcheurs locaux aperçus ou croisés n’ont pas fait mieux, bien qu’ils me confirment que les conditions soient optimales. Après quelques coups de ligne au toc sans grande conviction sur le bras d’un îlot situé en amont de la chute, mon moral a pris du plomb dans l’aile. Je mise alors tout sur la baisse de luminosité vespérale qui permet souvent de débloquer le compteur dans les journées difficiles. Je choisis un secteur vierge plus en aval en vue du coup du soir qui se profile. Arrivée sur le spot, la configuration est assez engageante. Une île crée une lône maigre dont la berge est inaccessible et bien fournie en caches. De l’autre côté, le bras principal présente une tête de courant aux veines marquées. J’attaque la prospection du petit bras avec des lancers trois quart amont pour plus de discrétion. Rapidement, les choses s’animent : je fais suivre un petit poisson et une truite d’une quarantaine de centimètres vient au sec quelques mètres au dessus… ouf, le capot est évité. J’étais venu pour des individus du calibre supérieur, et la robe n’est pas transcendante (doux euphémisme), mais c’est toujours ça de pris… une photo pour illustrer un hypothétique article sur les truites « moches » et je ré-attaque.

Non, je ne l’ai pas trouvé séchée sur les galets !

J’arrive finalement à l’extrémité du bras. Dernier lancé devant un embâcle, et blocage dès la tombée. Au bout de quelques secondes, un parpaing doré se tortille sous la surface avant de replonger pour prendre la direction de l’aval, avec une lenteur puissante pleine d’assurance caractéristique d’un gros poisson… la truite passe à 5 mètres de moi, je l’estime à plus de 65 cm mais mon enthousiasme est vite calmé par la vision du PN totalement en dehors de la gueule, planté sur le côté du museau. C’était prévisible, la truite se dirige vers un arbre immergé quelques mètres en aval, pas le choix, il faut brider pour dévier sa trajectoire, je serre le frein et tente de la déséquilibrer et… décrochée… je tremble de partout, hurle un bon coup et me remet marche. Il me reste une grosse demi-heure de pêche. Je lance dans la tête de courant de l’autre côté de l’île et  la dérive se soldera par la prise d’un mâle bécard splendide qui vient sauver ma journée de pêche.

La Furiozza FRS 7’1 M a fait le job !

Deux autres truites de 40 cm viendront clôturer la journée dans le dernier quart d’heure (mais leur robe peu engageante vous privera de tout cliché, faut pas exagérer non plus hein !). Le bilan, d’aucuns qualifieront de modeste, est quand même positif pour une pêche de prospection. La sortie de poissons avant la nuit laisse présager un potentiel intéressant. J’espère que ces niveaux se maintiendront quelques temps afin de le vérifier !

A bientôt,
Simon SCODAVOLPE