Si il y a bien un côté de notre passion qui m’épanouit plus que les autres, c’est l’invitation constante à le découverte. Notre loisir est un prétexte à découvrir sans cesse de nouveaux lieux et de nouvelles personnes, nous sommes tous quelque part, riches d’être pêcheur.

Je n’avais encore jamais pris le temps d’aller à la découverte du Lac du Der-Chantecoq, sa réputation de lac difficile m’avait toujours rebuté. Cette année pourtant, l’envie de découverte était plus forte que la peur de s’y casser les dents, pêcher à l’improviste une telle immensité comme le Lac du Der en ne pouvant naviguer autrement qu’à l’énergie électrique relève clairement du défi.

En ce 16 avril, pour cette journée d’ouverture, je suis accompagné de mon pote de toujours, Max. Il est avant tout un bon pêcheur de percidés et, bien qu’ayant déjà quelques poutres à son actif, il n’excelle pas forcément dans la recherche de maître Esox ce qui fait de nous un duo bien complémentaire. Il est 5h00 quand nous prenons la route en ce samedi matin, je le briefe rapidement sur ce que va être la pêche en ce jour d’ouverture, un lac avec du monde partout ou il faudra prendre son mal en patience à la mise à l’eau et essayer de cibler des poissons qui n’ont pas encore été pêchés, pas vraiment ce que l’on affectionne…

Lac du Der

Comme attendus, le froid, les nuages et la pression de pêche sont bien présents.

 

Nous arrivons au bord du lac dans la partie sud la plus sauvage et nous nous rendons vite compte que les lieux sont vraiment magnifiques. Nous sommes enfin sur l’eau et nous allons pouvoir effectuer nos premiers lancers de cette nouvelle saison. Je ne suis pas pressé pour pêcher, je prends tranquillement le temps de naviguer plusieurs minutes en laissant parler les sondeurs et ils ne me donneront hélas, pas beaucoup d’information. L’eau est à peine à 12°C en surface, les quelques cyprins que nous croisons sont suspendus et assez dispersés. Nous comprenons rapidement que nous allons devoir pêcher des herbiers naissants entre 2 et 4 mètres sur les pentes où l’exposition au soleil se prête au développement précoce des végétaux.

Après ces quelques minutes de navigation, nous avons pu sélectionner quelques leurres en fonction de nos croyances. J’explique à Max les techniques qu’il semble judicieux d’utiliser pour couvrir un spectre le plus large possible afin de bien cerner le comportement des poissons. Il revient de 4 années de pêche dans les lacs Landais et la pêche ici est totalement différente, il a ainsi beaucoup de choses à ré-assimiler et ses boîtes de leurres ne sont plus vraiment appropriées à l’humeur des brochets du Nord est. Étant données les conditions, nous opterons pour une pêche d’ herbiers assez lente jusqu’à la fin de la journée.

Le vent est assez soutenu et les pêcheurs ici ne sont pour la plupart, pas munis de moteur électrique avant, leur rendant ainsi les dérives exposées au vent bien complexes à gérer. Nous trouvons avec surprise, des grandes dérives de bordures qui n’ont pas encore été pêchées… inespéré !

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La première dérive de cette nouvelle saison, vierge à souhait… il y a pire !

 

Voilà seulement 2 minutes que nous pêchons quand je prends un arrêt au troisième lancer. Je comprends assez vite que je tiens un poisson tout juste maillé et que je viens déjà de faire mon premier brochet du Lac du Der. La décroche puis la relâche sont effectuées rapidement, je croise le regard de Max qui dit tout sur le reste de cette journée : soit ça va être le carton, soit ça va être bien difficile… Nos diverses expériences de touche en tout début de session ne restent pas forcément un bon souvenir, je suis sûr que vous voyez de quoi je parle !

La dérive continue et je commence à me familiariser doucement avec ma nouvelle Players 742 H, en plus d’être une bonne lanceuse, c’est une canne bien tactile et résonnante avec une nervosité qu’on retrouve fréquemment dans les blanks américains, cela fait maintenant plusieurs années que je ne jure plus que par ces actions. « Qui peut le plus peut le moins » est une devise qui correspond tout à fait à ma pêche du brochet qui a sans arrêt tendance à dériver vers des leurres de tailles et de poids bien variés.

Cette seconde touche de la journée sera plus timide que la première, mais le ferrage appuyé et un combat plein d’autorité auront rapidement raison de ce premier poisson sympa du Lac du Der, il n’est même pas 8h00 du matin en ce jour d’ouverture et nos mains hument déjà bon l’odeur si particulière du mucus de brochet.

 

 

pike_players_sakura

Avec ces deux poissons, nous avons maintenant quelques informations sur la tenue et l’activité des poissons. Dans nos latitudes, pêcher en Avril est toujours à double tranchant. Bien que les brochets ont tous terminé leur fraie depuis bien longtemps, les conditions encore froides peuvent ne pas encore se prêter à des pêches réellement actives comme les pêches aux leurres. Un printemps tardif peut vite transformer une session de pêche dans des conditions similaires à celle d’un de mois de Novembre.

La fameuse dérive encore vierge continue de porter ses fruits et quelques minutes après la prise de ce second brochet, Max fait suivre jusqu’au bateau, un poisson estimé entre 90 et 95cm qui avalera son spinner à la palette coincée dans la jupe… Le ferrage sera effectué royalement dans le vide avec la musique de Benny Hill Show en fond et le poisson repartira tranquillement au fond… Je m’empresserai alors de jeter sur cet excité matinal, le leurre que j’étais en train d’animer 20 mètres plus loin. Ce trouble fait aura même la gentillesse de se jeter dessus à la vitesse de l’éclair mais sans ouvrir la bouche… augmentant d’un cran le volume sonore à bord… Cela ne fait pas une heure que nous pêchons et nous venons certainement de foirer le plus joli poisson de la session…

Le reste de la journée sera beaucoup plus compliqué et pas du tout dans la continuité de notre première heure de pêche. Le vent tournera légèrement au nord, nous obligeant de renfiler, avec agacement, nos combinaisons d’hiver que nous portons depuis 6 mois, faudrait que je pense à la laver d’ailleurs…

Les suivis et loupés s’enchaînent, il faut passer assez à proximité des poissons et à une faible vitesse de préférence. Nous trouvons un plateau dans les 3/4 mètres qui bénéficie d’une belle exposition plein sud ayant permis le développement d’herbiers, propices à la tenue de poissons. Je monte alors sur ma Players un Slid Shad 150 en coloris Sexy Shad sur une tête plombée Spinhead 21 g, cette association me permet d’avoir un leurre renvoyant un peu la lumière sur son contraste ventral, tenant assez bien la profondeur avec ses 21 grammes et du fait de la retenue créée par la palette, ne nageant pas trop vite. L’armement du leurre par le dessus me permet de ne pas trop m’accrocher dans les herbiers et ainsi de rentrer un poisson de taille bien modeste qui aura complètement coffré l’ensemble.

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Au fur et à mesure de l’après midi, l’activité ne fait que décliner et la pêche se complexifier. Les nombreux pêcheurs, pourtant enthousiastes le matin, sont de plus en plus nombreux à abréger leur sortie d’ouverture. Pas encore vraiment bien réchauffés par les quelques rares éclaircies de l’après midi, nous finissons par nous rendre à l’évidence, notre première journée sur le Lac du Der se sera révélée pleine de surprises et de découverte avec un comportement des poissons pas toujours facile à cerner.

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Nous constatons à notre retour sur la mise à l’eau, que les nombreux pêcheurs au vif s’en sont mieux sortis que nous. Traditionnellement, en ce jour d’ouverture, plusieurs jolis poissons seront prélevés. A ceux qui ont toujours hésité, sachez qu’aller à la découverte du Lac du Der-Chantecoq vaut clairement le déplacement mais la pêche n’y sera pas régulièrement facile… Souhaitons qu’une gestion piscicole sur le long terme soit rapidement mise en place afin que les cheptels puissent largement se développer.

Nous repartirons de la Haute Marne, satisfaits de cette découverte, avec une certaine envie de prendre notre revanche.

So many fish, so little time…

Joss